Discrimination : comment sélectionner sans discriminer ?

En tant que cabinet de conseil en recrutement, Robert Half s’engage pour la promotion de la diversité et la lutte contre les discriminations.

Une démarche tout à fait positive si l’on songe aux fameux stormtroopers de Star Wars, incarnant l’uniformité du maléfique empire galactique, quand les individus ne sont plus que les rouages d’une machine dénués de personnalité. Au contraire, la diversité apparaît comme une richesse, aussi bien pour la vie de la Nature que pour celle de la société et bien sûr, celle de l’entreprise.

Pourtant, n’est-il pas contradictoire de promouvoir la diversité et de lutter contre les discriminations ?

Dans un sens, cela paraît cohérent si l’on entend par discrimination le fait de défavoriser certaines personnes qui se retrouvent ainsi exclues en raison de leur origine, sexe ou religion, si bien que le profil de ceux qu’on recrute sera toujours le même. D’un autre côté, si l’on veut promouvoir la diversité, on doit procéder à une sorte de discrimination positive qui peut apparaître injuste, puisque les individus seront choisis selon ces mêmes critères (origine, sexe, etc.), et non pas selon leurs compétences.

Promouvoir la diversité, qu’est-ce que cela signifie ?

Au fond, le terme même de diversité semble difficile à définir. Ce qui est « divers », c’est ce qui est par définition indéfinissable. C’est ce qui est différent et que l’on a du mal à classer dans une catégorie (comme le fameux « fait divers »), ce qui ne correspond pas à la norme. Mais laquelle ? La notion même de « diversité » pose problème : que signifie que je serais « issu de la diversité » ? Que je ne suis pas « normal » ? Pour les femmes qui composent la moitié de l’humanité, cela paraît étonnant.

Dans le fond, classer un individu comme faisant partie de la « diversité », c’est le réduire à l’une de ses caractéristiques. Dès que l’on est femme, noir ou homosexuel, on se retrouve « classer » dans une catégorie et considéré en tant que tel, avant d’être autre chose. Comme le suggère le philosophe canadien Charles Taylor dans Le multiculturalisme, toutes ces personnes (qui finalement, sont une majorité) ne cherchent certainement pas à représenter la « diversité » : « Leur premier objectif devrait être de se débarrasser de cette identité imposée et destructrice. » Ce qu’elles demandent, c’est un droit à l’indifférence.

Cela signifie que les individus doivent être jugés non pas sur des critères liés aux préjugés, mais sur leurs seules compétences. Mais cela pose un nouveau problème. Recruter (un collaborateur), suppose nécessairement de choisir, de sélectionner et pour tout dire, de discriminer au sens traditionnel du mot, à savoir : « distinguer selon des critères définis ».

Si l’on connaît les critères prohibés pour recruter, on ignore à peu près ceux qui sont autorisés. D’ailleurs, la personnalité d’un individu ne constitue-t-elle pas un ensemble de caractéristiques et de qualités liées les unes aux autres ?

Il semble tout aussi contradictoire de vouloir sélectionner sans discriminer. Choisir, c’est par définition préférer l’un à l’autre, et favoriser l’un plutôt que l’autre. Quels critères sont donc légitimes ? Dans quel sens un choix, une sélection (un recrutement) ne consistent pas dans une discrimination ?

Dans La République, Platon avait imaginé le principe d’une sélection juste en décrivant sa société idéale. Pour éviter toute « discrimination », il pensait que les individus devaient être arrachés à leurs parents dès la naissance, afin que les compétences de chacun soient évaluées. Après tout, l’origine de chacun, sa famille ou sa culture, son milieu social, sont aussi ce qui rend les chances des uns et des autres inégales. D’un autre côté, c’est aussi ce qui fait de chacun de nous ce qu’il est. Il semble donc très difficile de distinguer entre les critères autorisés et prohibés. Chacun de nous de forme-t-il pas un tout ?      

Et comme l’écrivait Oscar Wilde dans Le Portrait de Dorian Gray : « Ce ne sont que les personnes superficielles qui ne jugent pas les apparences. Le véritable mystère du monde est le visible et non pas l’invisible »

Gilles Vervish

Il est agrégé de philosophie et enseignant dans la région parisienne. Il a publié plusieurs ouvrages dits de "Pop Philo".

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Son dernier ouvrage, Star Wars, la philo contre-attaque vient de sortir en poche.

En janvier 2012, il est intervenu dans le cadre de TEDx-Concorde sur le thème : « la diversité ».

 

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